La recherche paramédicale en Algérie, Réalité ou utopie ?

Mr Ahmed MEBARKI Ex PEPM et Sous-directeur des activités paramédicales, retraité – Mme Nadia HACHED ISSP-Cadre paramédicale, Sce Cardiologie A1, CHU Mustapha

Résumé : L’article que nous proposons dont la thématique se focalise sur la recherche paramédicale, Réalité ou utopie ?, cible les paramédicaux diplômés toutes filières confondues. Nous tentons alors de graviter la recherche paramédicale ( en somme comme toute recherche scientifique) sur la formulation-identification de l’Ecart-problématique au travers du prisme de la notion de Problématisation. Dans l’étape suivante, nous mettons en exergue les jalons de la mise en œuvre des obligations de compétences, de moyens et de résultats qui permettront de concrétiser les objectifs assignés et d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche enclenchées par les compétences paramédicales.

Mots-clés : Recherche, problématisation, réalité, paramédical, obligation

                                      

Introduction

La fonction et le métier de paramédical entrent indéniablement dans une nouvelle ère où les pratiques de soins se complexifient et exigent des compétences scientifiques de plus en plus soutenues. Les patients d’aujourd’hui et de demain sollicitent et nécessiteront des prestations de soins de qualité, de sécurité et transparentes dans le sens où le patient ou son tuteur légal serait dans son droit absolu d’être informé et recevoir des soins individualisés conformes aux procédures et aux protocoles de soins. La traçabilité dans l’ensemble des étapes de soins paramédicaux, à l’instar des actes médicaux dispensés, demeure le point de départ essentiel de tout processus de recherche qui identifierait les anomalies du parcours des soins prodigués d’une part, et d’autre part, enclencherait la problématisation de la démarche de soins en terme d’Ecart entre la norme de soins réglementaires et la réalité des prestations actuelles.

Le paramédical face à la réalité problématique ou qu’est-ce-que la Problématisation ?

Michel Fabre explicite, dans son éditorial Formation et Problématisation, la fonction de la notion de problématisation, en ces termes :

« (…) La problématisation doit pouvoir se distinguer aussi bien d’un simple constat de « faits » (le traditionnel « états des lieux »). Elle doit instaurer un dialogue entre la construction des faits et l’invention des pistes, d’hypothèses ou de théories (…) ce qui implique que le processus obéisse à des normes qui fournissent également les critères auxquelles doivent obéir les solutions possibles. Ces normes peuvent être prédéfinies (dans un type de problème déjà rencontré par le sujet) ou à découvrir et à inventer (dans un type de problème nouveau). Elles peuvent recevoir des degrés d’explications divers : fonctionner comme règles d’action ou se voir schématisées en tant que telles. Ce qui est certain, c’est faute de telles normes, le processus ne peut fonder ces solutions et fonctionne pour ainsi dire en aveugle ou au hasard. Enfin la problématisation est liée à une pensée schématisante qui ne craint pas d’appauvrir méthodologiquement le réel qui renonce à en produire une image fidèle et complète mais tente plutôt de construire des outils pour la comprendre et la transformer. »[1]

Cet Ecart met en branle deux obligations constantes : l’obligation des moyens matériels et l’obligation de compétences, et une obligation facultative dite obligation de résultats où l’on se rapprocherait des meilleurs taux de succès escomptés ( à titre de rappel, seulement dans la chirurgie esthétique que l’obligation de résultats est absolue), que les cadres de gestion des soins doivent maitriser afin d’impliquer pédagogiquement et d’une manière professionnelle les praticiens paramédicaux en exercice, comme force de propositions et de réalisation des projets d’envergure ou à long et moyen terme.

L’Ecart-problématique qui n’est autre que l’élément déclencheur de la recherche, doit être déterminé en terme de seuil-normatif ou de tolérance exprimé en pourcentage ou en nombre de cas. Ce dernier devient alors l’objectif minimum assigné dont le but serait de l’améliorer et de le rendre positif à tendance normative nationale (MSPRH, DSPW, INSP, I.PASTEUR) et internationale  (OMS, UNICEF, UNESCO, FAO) ou dans le cas échéant, ce serait selon la norme fixée localement par le Conseil Scientifique de l’hôpital ou à défaut par le Professeur chef de service.

En Algérie, l’avènement du système LMD dans les sciences paramédicales ou les soins médicaux auxiliaires, conduit inévitablement à un bouleversement capital point de vue :

  • Formation initiale diplomante et ultérieurement continue ou permanente exigeant la maitrise inconditionnelle de la langue d’études et d’apprentissages [Pour le moment, il s’agit de la langue française]
  • L’institution réglementaire et l’instauration réelle et effective du dossier soins et les protocoles de prise en charge paramédicale, où la conciliation entre la théorie et la pratique en est une condition sine qua non.
  • L’adoption d’un comportement professionnel exemplaire conformément au règlement intérieur de l’établissement de soins et à l’éthique et déontologie générales ou spécifiques à la profession.
  • Participation, implication et adhésion à tout projet d’établissement et de soins même à consonance médico-chirurgicale, pharmacologique, radiologique, biologique et de gestion dans sa globalité managériale.

Tous ces critères précités auxquels le paramédical doit s’y intéresser, ne feront que forger le statut de paramédical-praticien-chercheur de rang magistral, soit détenteur du doctorat en sciences paramédicales.

La revue francophone Internationale de la Recherche Infirmière recommande, à titre illustratif, certaines mesures telles :

                   « Rendre les futurs professionnels plus réflexifs :

                    Exercés au raisonnement-clinique et à la réflexion critique, les professionnels ainsi formés seront compétents, ils seront capables d’intégrer plus rapidement de nouveaux savoirs et de s’adapter à des situations variées »[2]

Dont la convergence vise la conduite et l’accomplissement de la recherche.

En d’autres termes, chaque praticien paramédical doit être en mesure de prendre position hautement scientifique vis-à-vis du patient en se posant les questions :

  • Que sais-je de la pathologie du patient ?
  • Que sais-je des risques et des effets indésirables liés aux thérapeutiques mises en place ?
  • Que comprendre des réactions humaines physiques ou psychologiques du patient ? [3]

Réflexions pratiques sur la problématique et le motif de la mise en œuvre de la recherche paramédicale

Le corps médical devant toute situation problématique où le patient est en proie à un pronostic négatif, ne pense pas, ou rarement aux éventuels échecs des soins paramédicaux, en termes d’asepsie, d’antisepsie et de soins de base (Hygiène du malade et du milieu hospitalier), qui, en réalité, sont des soins médicaux délégués au corps paramédical diplômé issu des instituts nationaux supérieurs. Alors, le corps médical, dans ce cas de figure, met prestement en branle ou en marche l’arsenal thérapeutique pharmaceutique ou médicamenteux de type antibiothérapie de 3ème ou 4ème génération, très souvent à caractère antibioprophylactique, coûteuse et couronnée ou accentuée d’effets secondaires générant d’autres troubles organiques parfois handicapants, sans omettre la floraison sûre et certaine  des bactéries multi-résistantes (BMR). De cette situation, il est à déduire, d’une manière objective, que les activités paramédicales menées à bon escient et rigoureusement à terme, constitueraient un parage/barrage efficace quant à amoindrir sensiblement les infections nosocomiales notamment à BMR, ainsi que le coût financier des achats d’antibiotiques et autres aux prix exorbitants.

Il est temps que le paramédical-soignant-praticien sache se faire valoir, par son statut de professionnel diplômé, et être un partenaire de prime abord scientifique, sachant apprécier l’environnement sanitaire et économique du pays, en totale adéquation dans la prise en charge et la thérapie globales du patient. Il est dans son devoir de prouver, constamment, son savoir-faire dans la cruciale et la toute première étape des soins infirmiers de base conformément aux procédures et aux protocoles de soins et de savoir Evaluer son travail ou d’être évalué dans la perspective de pouvoir déterminer l’Ecart de la Problématisation qui remettrait en cause ou en question certaines attitudes ou aptitudes pratiques compromettant la qualité et la sécurité de tout acte de soins.

Ainsi dans la deuxième étape, il est primordial de déterminer à quelle obligation l’Ecart-problématique est-il lié ? Cette étape constitue le point de départ de la recherche paramédicale.

A titre de rappel, il existe trois obligations fondamentales dans tout travail à entreprendre :

1- L’obligation des moyens matériels – nécessaires et répertoriés selon les exigences de l’acte de soins.

2-L’obligation de compétences – ressources humaines qualifiées et performantes en individualité ou en équipe.

Ces deux obligations revêtent un caractère impérieux. Par contre la troisième obligation est facultative appelée obligation de résultats précédemment citée. Cependant, ces résultats sont déterminés par un taux-seuil normatif défini à l’échelle nationale par le MSPRH et à l’échelle internationale par l’OMS.  Toutefois l’approche par compétence et l’analyse des pratiques professionnelles dans les métiers de soins paramédicaux demeurent, à l’heure actuelle, recevable et tout à fait nécessaire quant à leur apport certain dans le processus et la perspective de recherche.

Conclusion

Nous tentons, cependant de mettre en exergue, dans la prochaine édition, une simulation tirée de la réalité hospitalière dont le but de cerner la formulation de la problématique à travers l’identification de la problématisation ou de l’Ecart.

[1] Fabre, Michel, Formation et Problématisation, Editorial, in Recherche et formation pour les professions de l’Education, Université de Nantes, CREN, Ed. Institut National de Recherche Pédagogique, Lyon, 2005, p.8

[2] Article en ligne, consultable, La Recherche paramédicale, un élan pour un nouveau paradigme

[3] Ibid. op cit

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